Fais péter les légumes, Léon !

Ceci pourrait être le cri de ralliement des Belges à Interpol’art cette année. Si si. Sans déconner. Enfin, sans déconner, sans déconner… faut le dire vite, histoire de mentir moins longtemps parce qu’en fait…hum, bon. Mais revenons un instant sur la genèse de cette formule certes un peu surprenante.

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Ciel garanti sans filtre Instagram

Le ciel s’était paré de ses plus beaux atours, ce vendredi 12 octobre, pour me souhaiter un bon départ pour la cité des sacres où m’attendait le tout premier festival de ma jeune vie d’autrice de polars. Ma joie était, il est vrai, teintée de tristesse puisque j’abandonnais Le Mâle aux mains expertes de son frère et des médecins pour une petite intervention médicale, mais quand même, il me fallait partir tôt puisque j’avais promis pralines et chocolats aux élèves du Lycée Roosevelt qui m’attendaient pour une rencontre l’après-midi. Quel rapport avec le mystérieux Léon et les légumes, me direz-vous. Eh bien, aucun, mais j’aime bien cette photo et puis je voulais aussi en profiter pour souligner le courage de mon chéri qui affronta sans flancher l’hôpital et ses couloirs puant l’éther et le mauvais bouillon de carottes (et un légume, un !).

 

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sans aucun doute le tout premier exemplaire vendu…

Mon Thalys ne quittant le quai qu’à 10h43, c’est fort libre de temps que je débarque en plein centre de Bruxelles à 9h. Et un petit café par-ci et un petit tour par-là, ma checklist se remplit très vite et mon petit panier aussi : pralines Neuhaus, speculoos Dandoy et assortiments de cuberdons variés. Les élèves seront contents. Moi aussi, vu que je complète mes achats par un stock supplémentaire de cuberdons et…un exemplaire de « Ring Oost », tout frais sorti des presses de chez Angèle, encore emballé dans son carton d’origine, juste avant d’être mis en présentoir chez Standaard Boekhandel au centre-ville. Oui, je sais, c’est nul d’aller acheter son propre bouquin, mais figurez-vous que je n’ai pas encore reçu mes exemplaires auteur et que je crève d’impatience de lire les aventures d’Aubry dans la langue de Vondel. Et je vais vous avouer un truc : voir Aubry déclarer « Ik ben er, mon amour« * à sa petite Lily, dans un mélange franco-flamand, j’ai trouvé ça méga chou (et deux légumes, deux !).

 

*Je suis là, mon amour

Je passe sur le Tha20181012_151432lys qui a du retard, trop pour faire le trajet Paris-Nord/Gare de l’Est à temps (merci d’ailleurs aux gentilles employées Thalys, tant à Bruxelles qu’à Paris, qui m’ont embarquée sur le Thalys précédent pour me ménager un temps de correspondance correct et m’assurer une place dans le TGV de Reims !!) et sur le TGV qui a du retard (ce qui permet donc à Patrick Delperdange, qui n’avait pas eu la chance, lui, de changer son billet Thalys, de choper le train après un sprint entre les deux gares)…faisons un petit accéléré jusqu’à Reims où Fred, notre organisatrice de choc, vient nous cueillir (chacun à un endroit différent, vu qu’on ne savait pas qu’on voyageait sur le même train…et, en plus, on ne se connaissait pas). Je fais donc la rencontre de Patrick (monument à lui tout seul et inventeur de la référence légumesque) dont la rencontre scolaire vient d’être annulée sur un malentendu. Il profitera donc des beautés de Reims sous le soleil tandis que j’irai rejoindre le Lycée Roosevelt où m’attendent professeurs et élèves pour une rencontre aux petits oignons (ouais, vous avez compris le concept en fin de paragraphe).

KODAK Digital Still CameraCette rencontre avec les élèves, je l’attendais avec impatience. Il n’y avait pas moins de trente regards curieux pour m’accueillir dans le centre de documentation et d’information du Lycée. Sérieux, je les ai enviés. Quelle salle ! Entre BD, bouquins et autres, il y avait de quoi satisfaire tous les goûts. Et puis, tout à coup, la rencontre commence. Il leur a fallu une ou deux minutes, quand même, puis la première question arrive : « est-ce que vous aimez écrire ? »…ah ben, vaut mieux… »pourquoi des polars ? », « c’est quoi, une bonne justice, pour vous ? », « c’est quoi, le nom de vos chats ? », « pourquoi les hommes ont tous le mauvais rôle dans votre livre ? », « pourquoi Aramicia King sur votre blog ? », « d’où viennent les prénoms de vos personnages ? », « vous êtes pour la peine de mort ? », « vous n’aimez pas les chiens ? », « vous faites quoi dans la vie, à part écrire ? », « vous jouez à quels jeux de rôles ? » (suite à la réponse de la question précédente), « c’est quoi, une journée-type d’écriture ? », « vos filles, elles aiment écrire aussi ? », « et votre compagnon, il écrit aussi ? », « vous avez écrit avec un plan ? », « pourquoi la Belgique ? », « vous êtes venue combien de fois en France ? », « c’est quoi, pour vous, une bonne histoire? », « vous regardez quoi comme série ? », « vous parlez combien de langues ? », « et s’il n’y avait pas eu Lily ? »….en gros, une heure où ça se succède parfois en mitraillant, parfois avec quelques pauses. Certaines réponses les font marrer, d’autres les déçoivent peut-être un peu (ben oui, je ne sais pas du tout d’où vient le nom Dabancourt), d’autres encore, j’espère, les font réfléchir plus loin (non, les femmes de Ring Est n’ont pas un beau rôle, elles ne tuent personne, mais elles ferment volontairement les yeux sur ce qu’il se passe en faisant passer ça pour du courage), et pour moi, c’est montagnes russes entre questions super pertinentes sur le livre et interrogations d’enfants. A tel point qu’à un moment, je comprends mal une question et je réponds tout à fait à côté : j’avais entendu « pourquoi les persos sont-ils anti-musulmans ? » alors que la demoiselle demandait « pourquoi y’a-t-il autant de persos musulmans ? ». Les professeur(e)s éclaireront ma lanterne sur ce sujet en fin de rencontre, du coup j’en profite pour répondre avec un peu de retard : parce que Bruxelles est une ville multi-culturelle et que la communauté arabe (pas forcément musulmane, car les persos ne sont pas d’office croyants) en fait partie intégrante. De plus, c’était aussi une façon de faire un petit clin d’oeil à mon compagnon, d’origine marocaine. On clôturera la séance avec la dégustation des produits belges et l’arrivée en force d’élèves à la table que je partage avec les professeurs : « madame, c’est quoi, ce truc, c’est trop méga bon ! »….un cuberdon, chérie 🙂 C.U.B.E.R.D.O.N, épelé-je à un jeune qui note sur son smartphone. Dire que j’avais hésité à ramener des chicons (bon, ok, c’est facile, mais je tiens à mes légumes de paragraphe, moi !)

KODAK Digital Still CameraMerci à Sylvie, professeure de français, à Gaëlle et Gwennaïg, du CDI (centre de documentation et d’information) et à Marcel, professeur retraité et super volontaire du festival, pour avoir permis cette rencontre. Merci aux élèves pour leur patience, leurs questions et leur gentillesse (sérieux, ils m’ont même souhaité un joyeux anniversaire à l’avance et ils ont rangé toute la salle avant de partir !). Et puis, surprise énorme : des parents sont venus me voir dimanche pour acheter le livre en me disant que c’était une demande de leur enfant suite à cette rencontre. S’il n’y avait dû y avoir qu’une seule dédicace, celle-là me suffisait amplement ! Comme quoi, non seulement je ne suis pas trop passée pour une vieille chieuse, mais en plus, ça a donné l’envie de lire mes salades 🙂

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Quand je vous dis que les Chagall, j’ai pas pu…c’était trop beau !

Rassurez-vous, j’arrive bientôt au moment tant attendu : mais pourquoi des légumes à un festival de polar ???? En fait, j’y arrive même tout à fait. Comme dit plus haut, j’ai rencontré Patrick Delperdange ce vendredi en début d’après-midi. Je l’ai retrouvé traînant près de la cathédrale et la médiathèque Jean Falala en début de soirée, après avoir moi-même été arpenter la nef de celle qui fut le théâtre de 23 sacres souverains et qui est aujourd’hui l’écrin des plus beaux vitraux qu’il m’ait été donné de voir (je n’ai d’ailleurs pas pu prendre de photo des Chagall tant ils étaient magiques). On avait une heure à tuer avant le repas, on en a profité pour s’installer en terrasse et déguster un bon petit verre en attendant les autres. Et justement, les voilà qui arrivent les uns après les autres.

 

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En Belgique, cet ange facétieux évoque un chroniqueur bien connu de Livrés à Domicile

Les Belges ! Jean-Luc Cornette, Eric Russon, Léonie Bischoff, tous connaissent Patrick et s’installent avec nous. Ce qui me ravit, car je ne connais, moi, personne. Je débarque. Je suis la dernière petite pièce rapportée. Qu’à cela ne tienne, tout le monde rigole et discute comme si on se connaissait depuis vingt ans. Ce qui est le cas, à part pour Léonie et moi. Nadine [Monfils] est déjà là ?, Et t’étais là aussi pour une rencontre ?, t’es en vacances, là ?, rhaaa les Thalys, toujours en retard, et il est où [Thomas] Gunzig ? Tu sais que Léon (le chien de Nadine) a encore frappé ? On observe la valse des retrouvailles puis, l’heure d’aller manger arrive, mais les organisateurs nous retiennent encore un peu. « On attend la bouffe », s’excusent-ils… »ouaiiiis, nous aussi, on attend la bouffe ! » s’écrient les Belges que la faim (et le champagne) rend taquins. Puis, tout à coup, cette annonce fuse : tu vas voir, y’aura même pas de légume à table. Hein ? pas de légume ? ouais, gouaille encore la voix, le légume, c’est le grand absent des tables françaises, même plus moyen d’avoir une feuille de salade, c’est dingue. Bien évidemment, ça éveille la curiosité des compatriotes. On veut en avoir le coeur net ! Les Belges se ruent à l’assaut de la médiathèque Jean Falala où se déroule le buffet dînatoire de début de festival. Les Français sans légumes ? mais c’est la fin des haricots, ça !

 

Quarante-huit heures plus tard :

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    « C’est toi la Belge qui a gavé mon fils de cuberdons ? » Prochaine fois, je ramènerai des chicons, promis !

    Les Français mangent des légumes. On a rameuté tous les auteurs du festival et enquêté longuement sur la carence légumière. Certains d’entre nous ont même accepté d’aller creuser des pistes à des heures indues dans le Reims underground (autrement appelé « l’Atelier 510 »), voire se sacrifier en testant « la bière rouge » des Rémois (en gros, une Kriek, quoi !), mais à part une nette tendance à préférer le cuberdon aux choux de Bruxelles, le Français (surtout quand il s’appelle Ferdinand) n’a pas l’air de manquer de verdure. Patrick créera cependant le mouvement #faispéterleslégumes à titre préventif, que je me charge à présent de faire passer à la postérité via ce blog.

 

  • 20181016_211653

    Rhaaa Lovely !

    Ai fait le plein de nouveaux amis, tous réunis autour du polar. Halluciné devant les dreads de Florian, qui lui tombent jusqu’aux mollets (et le bestiau dépasse le mètre quatre-vingt de quelques bons centimètres); vu Nadine me dédicacer mon exemplaire de « Il Neige en Enfer » (mon préféré des aventures du commissaire Léon) avec des yeux plein d’étoiles, surtout quand elle m’a dit que c’était aussi son préféré; réalisé un rêve de gosse quand JB Pouy m’a dédicacé un exemplaire de « la Belle de Fontenay » après lui avoir raconté que si j’étais là avec mon « Ring Est », c’était quelque part parce qu’un jour, ma prof de français m’avait prêté ce bouquin (bon, pas celui-là vraiment, vu qu’elle l’a récupéré après que je l’ai lu, j’en ai acheté un nouveau sur place, mais bon, vous avez compris, quoi); bu du champagne pour toute l’année; assisté à la transformation de la mine bourrue de Patrick attendri devant deux gamines venues le voir au festival pour lui poser les questions qu’elles n’avaient pas pu lui poser à l’école pour faute de rencontre annulée; écouté avec délice les histoires d’interviews de toutes ces légendes du cinéma ou de la littérature de mes aînés; noté tous ces films à voir (« Angel Heart », « Le Doulos », etc); reçu un des plus beaux cadeaux d’anniversaire du monde (un exemplaire de Frida Kahlo de Cornette et Balthazar dédicacé par tous les auteurs et volontaires présents); découvert de super street artists rémois; dédicacé plus d’exemplaires de « Ring Est » que ce à quoi je m’attendais; discuté à bâtons rompus et déconné tout mon saoul avec « la bande des cinq » (Patrick, Jean-Luc, Eric, Léonie, Nadine)…et je rentre même, en plus du champagne et des bières brassées spécialement pour l’occasion et offertes par nos joyeux lurons d’Interpol’art, avec un petit projet à plusieurs mains, né sur le festival !!

  • Léon n’aura finalement pas pu se dégourdir la quenotte. Contre toute attente et parfois au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires (nous avons tremblé pour ces mains qui s’égaraient trop près du sac qui lui sert de tanière), personne, je dis bien personne, n’a été gnappé. Nous soupçonnons ce Caligula canin d’avoir fait la fine bouche car il avait déjà pu goûter les célébrités présentes (Tito Topin, Patrick Delperdange, Jean-Bernard Pouy, etc) à d’autres occasions et ne voulait sans doute pas s’abaisser à grignoter du sombre inconnu. Jean-Luc s’y est bien risqué et nous avons frémi pour lui, mais Léon, en habitué de la jet-set française, s’est laissé flatter le museau par ce Belge pourtant notoire sans rien tenter d’autre qu’un coup de pif inoffensif et dédaigneux. Pour ma part, j’ai réussi à lui arracher un grondement digne du molosse des enfers, alors même que ce diable de chien fixait sur moi des yeux pétillants, oreilles dressées sur une bouille à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Bref, que ça soit clair, la vraie star d’Interpol’art, c’était lui ! Vive Léon !
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Un Léon pour les gouverner tous !

Pour le reste, voilà quelques photos qui donneront une petite idée de l’ambiance sur place … en attendant, une petite pensée à Michel sans qui rien de tout cela n’aurait pu se faire et qui n’a pas pu se joindre à nous et MERCI, INTERPOL’ART !!!

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Avant le déluge, une belle table bien belge

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Les tables belges encore inoccupées : Salvatore Minni, la scribouillasse, Eric Russon, Patrick Delperdange et Nadine Monfils

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L’oeil facétieux d’Eric Russon, la fausse sévérité de Patrick Delperdange …et une scribouillasse bien jouasse

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Léonie en mode « fuckemall », Jean-Luc en Jean-Pierre Marielle…et la scribouillasse grimace

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Avant le déluge, une belle table bien belge

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Les tables belges : Salvatore Minni, la scribouillasse, Eric Russon, Patrick Delperdange et Nadine Monfils

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Quand je vous disais qu’ils avaient mis les petits plats dans les grands…tout était belge ! (et une petite oeuvre de C215 en arrière-plan)

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Quand je vous dis qu’ils sont doués, les street artists rémois !

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Je suis méga fan !

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Quoi de plus chouette, pour clôturer l’article, que cette super oeuvre de C215, street artist rémois 

 

 

 

 

commentaires

  1. Tu as oublié les navets mais comme tu n’en écris pas….;)
    Un billet tonique, madame est à la fête depuis qu’elle a fini son dernier chapitre! Meilleure santé à ton Chéri qui souffre pendant ce temps 🙂 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Wouah ! Quelle énergie ! Super reportage !

    C’est dingue ! J’ai la même photo du chat qui regarde en l’air ! (prise à Sèvres dans les Hauts-de-Seine). Et je ne connaissais même pas le nom de l’artiste ! C215 ! (tiens, je vais peut-être en faire profiter le prochain Silent Sunday).

    Yo ! 😉

    Aimé par 1 personne

    • Léon est excellent. Un Attila des salons littéraires, mais une vraie star canine. On a d’ailleurs pensé créer un t-shirt « les mordus de Léon » pour tous ceux qu’il a marqués de ses quenottes

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  3. Génial ce festival, et tes nouveaux amis écrivains (et les lycéen(ne)s !!) … mais du coup j’ai une question aussi, tu parles combien de langues ? (français et néerlandais et … ?)

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