Un Mot Passant à Visé littéraire

Depuis quelques mois maintenant que je me suis lancée dans l’aventure, j’ai pu enfin découvrir plus avant les ressorts de cette industrie pas comme les autres où l’auteur, bien que sous tous les projecteurs, est peut-être un acteur primordial, mais pas celui sur lequel repose la « réussite » commerciale du livre (ouais, entre guillemets parce que, bon, faut pas déconner, ça paiera pas mon hypothèque 🙂 ).

Car l’auteur peut avoir eu la meilleure idée du monde, avoir pondu l’oeuvre la plus extraordinaire du monde (soyons sérieux, la plupart du temps, l’auteur a juste pondu un bon livre et c’est déjà très bien !), si son livre n’arrive pas à conquérir le cœur des libraires, il est mort. Fini. Achevé dans l’œuf. Hasta la vista, Baby !

Alors, croyez-moi, les invitations de librairie, c’est toujours quelque chose de magique. D’abord, bien sûr, parce que c’est une marque de soutien et d’appréciation venant des professionnels du livre. Autant le dire tout de suite aussi, pour eux, c’est un investissement non négligeable. Car les libraires ne reçoivent pas de livres à vendre, ils doivent les acheter. Du coup, quand ils vous invitent et que vous voyez une pile de bouquins sur les tables, vous savez que ce n’est pas pour être gentils avec vous, mais parce qu’ils estiment vraiment que votre bouquin et vous êtes un cheval sur lequel parier. Un outsider, et un tout petit encore, mais quand même, ça fait de vous un bon dada à lancer dans la course. Car ne nous voilons pas la face, l’argent qu’ils ont investi dans votre oeuvre inconnue, ils auraient autant pu le mettre dans un grand nom qui se serait vendu sans même y penser ! Je peux vous dire que ça, ça vous fait comprendre à quel point vous avez de la chance d’être là, avec votre pile de bouquins à signer. Plutôt le genre à vous flatter l’humilité que l’ego, croyez-moi. Surtout que la plupart du temps, vous êtes traitée de façon royale par ces amoureux des livres.

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D’ailleurs, maintenant qu’on y vient, les invitations de libraire, c’est magique aussi parce qu’on découvre des personnes formidables, animées d’une vraie belle vocation, celle du livre à partager, pour laquelle elles rivalisent d’ingéniosité, de créativité et de pugnacité. Car être libraire au XXIème siècle, ça demande des reins sinon solides, du moins bien endurants, et une âme de guerrier ! Libraire, chevalier-samouraï des temps modernes, érigé en colosse défenseur du livre face aux déferlantes Amazon, FNAC, Club et autres supermarchés de la Culture qui voudraient nous réduire à la pensée unique de celui qui sponsorise le plus fort. Ce ne sont pas des libraires, ceux-là, à peine des vendeurs de livres.  Si j’osais (et j’ose vite), ils sont au livre ce que Tricatel est à la gastronomie française (pour tous ceux qui ont vu « L’Aile ou la Cuisse » et s’en rappellent). Allez, paf, ça y est, c’est fait ! Tenez, une petite anecdote : Il y a deux semaines, je préparais l’anniversaire de mon chéri (quarante ans ! c’est pas rien !) et je voulais que tout soit parfait, alors je courais à droite, à gauche…et surtout quand il ne pouvait pas s’en rendre compte : mes temps de midi, au boulot. Or, à côté du boulot, y’a une FNAC. Et je voulais acheter un livre que j’avais vu dans Livrés à Domicile. Je me suis donc rendue sur place et ai demandé pour le livre en question au monsieur qui gérait les rayons « littérature ». Je ne l’ai pas en stock, me renseigne-t-il, mais on peut le commander. N’ayant pas d’autre solution, j’accepte et me prépare avec un sourire à la question suivante : mon nom. Car figurez-vous que juste à côté de la main droite du monsieur se trouvaient quelques exemplaires de Ring Est*. Me voilà donc à donner mon nom : Corlier. C.O.R.L.I.E.R. Isabelle. Eh ben, le monsieur a pas moufté du tout ! Pourtant, Ring Est était à deux millimètres de sa main droite, en plein dans sa ligne de mire. Remarquez, j’ai jamais reçu le livre pour mon chéri…peut-être que le monsieur a cru que je lui donnais un faux nom…ou tout simplement qu’il ne connaît pas trop les bouquins dans son rayon. En tout cas, si j’avais eu les moindres symptômes d’un star syndrome, ça me serait passé illico 😀 Bon, ils ne sont pas tous comme ça non plus. Il y a quinze/vingt ans, j’allais toujours demander conseil au responsable de rayon de la FNAC, qui était un fan de romans noirs et m’indiquait toujours les super bons livres à lire. Je suppose qu’il doit en rester, des comme ça (chez Club ou au Furet, par exemple, ils mettent des avis sur les livres, c’est un bon signe 🙂 )

  • Comme quoi, ils ont le bon goût de vendre mon livre :p

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De plus, recevoir une invitation de libraire, d’un VRAI libraire, c’est magique parce qu’au rythme où le monde évolue, le libraire sera bientôt une espèce en voie de disparition. Je ne compte plus les petits établissements qui disparaissent, victimes d’une trésorerie implacable, engloutis par les géants concurrents, abandonnés au profit d’enseignes plus diversifiées, voire pour la commande à domicile. Peu à peu, leurs conseils avisés sont remplacés par ceux glanés sur Google, Babelio, Livraddict, Amazon, etc. Non que ce soit mal, bien sûr, et ces avis permettent aux auteurs d’augmenter leur empreinte sur le marché littéraire (par exemple, pour la petite Scribouillasse belge que je suis, ces avis m’ouvrent les portes des marchés français, suisses et même canadiens !), mais rien ne remplacera jamais deux minutes volées au coin du comptoir d’un libraire à l’enthousiasme communicatif. En deux coups de cuillère à pot et vous voilà avec un livre dont vous ignoriez jusqu’à l’existence, embarqué dans l’aventure d’une lecture imprévue, à la conquête de nouveaux genres, de nouveaux styles, guidé par quelqu’un qui connaît vos goûts et votre personnalité.

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Et enfin, recevoir une invitation de libraire, c’est une occasion unique de pouvoir rencontrer des lecteurs, de créer des connexions, de comprendre les ressorts qui motivent leurs choix et d’avoir leur retour en direct, plus tard. En gros, en plus de leur soutien, de leur investissement, de leurs conseils, les libraires font à l’auteur le cadeau le plus précieux qu’il puisse avoir : des lecteurs, des vrais, en chair et en os.

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Bref, Ring Est est sorti depuis 3 mois, maintenant et je voulais profiter de ce petit trimestre de vie pour remercier tous les libraires téméraires qui se sont lancés dans l’aventure de le faire découvrir au plus grand nombre :

  • La librairie Franlu à Wépion
  • Le Mot Passant à Jette
  • Le Cook & Book à Woluwé
  • L’Oiseau-Lire à Visé (super soirée polar avec Caroline De Mulder et Sarah Berti couverte par Photonanie qui était là incognito…mais pas tout à fait, elle s’est dévoilée à la fin ! 🙂 )
  • et toutes les librairies qui ont ajouté Ring Est sur leurs étagères.

Merci

commentaires

  1. Je suis bien d’accord avec toi, rien ne vaut un vrai libraire, celui qui a lu presque tout ce qu’il vend et qui aime autant les auteurs que les liseurs.
    Je ne sais plus quel immense acteur racontait qu’on le prenait régulièrement pour un journaliste assez médiocre mais connu. Un bon coup à l’égo mais comme toi il le prenait avec humour. 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Certes. Certes. Certes. Il n’en reste pas moins que l’immense majorité des lecteurs passent par la Fnac et Amazon. Et qu’ils lisent les critiques de Babelio avant de cliquer. Parce que le monde bouge, parce que ça va vite et que oui, on sait qu’à la Fnac, il vaut mieux pas déranger le jeune étudiant qui fait ses quelques heures de job (y a qu’au rayon zik qu’il te tiendra la jambe pendant 3 plombes tellement il en sait !).
    Merci aux petits libraires de tenir le coup. Chez moi, certains refusent d’appliquer la remise pourtant légale sur les livres. C’est dommage.
    Bises Isabelle.

    Aimé par 1 personne

    • C’est très vrai et c’est aussi pour ça que je dis qu’ils ont leur intérêt (dans mon cas, c’est principalement grâce à Amazon et FNAC que Ring Est est arrivé en France) et je les utilise pour commander les livres que je n’arrive pas à me procurer autrement ici, mais en règle générale, je préfère les petits libraires. Pour les prix, je pense que ça dépend des gens, moi j’ai jamais vraiment fait attention au prix de mes livres (j’ai établi un « budget livre » mensuel et tant que je reste dans les clous, j’achète ce qui m’intéresse, sinon ça va dans la wishlist…ou pas 🙂 ). Remarque, en Belgique, on a de tous temps vécu sous le régime de la tabelle, cette charmante petite « taxe » qui fait que les livres sont vendus 10 à 15% plus cher chez nous qu’en France…alors on regarde plus trop (pour info, on a depuis voté l’arrêt de cette barbare pratique 🙂 )

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