Scribouillasse 2.018

Le Nouvel An, c’est bien connu, est l’époque de toutes les bonnes résolutions qu’on ne tiendra jamais. C’est pour ça que les miennes, je les ai faites un bon mois avant la date fatidique, loin des cotillons et du foie gras, tandis que j’étais encore sobre. Et maintenant qu’on a passé le cap dangereux du premier weekend de dégrisement, que nos petits corps fluets et frileux se risquent à nouveau dehors avant l’aube et retrouvent le chemin du travail sous un fin crachin et des bourrasques hivernales, force m’est de constater que j’ai mis les petits plats dans les grands pour ce passage de l’an ’18 !

Mais de quoi-t’est-ce donc qu’elle cause, celle-ci, maintenant ? Mais enfin, mais c’est bien sûr ! Allons, réfléchis…La bête qui, tapie dans l’ombre, déploie sournoisement ses tentacules jusqu’en ton sein…l’innommable chose qui vit, s’agite et se tortille, et se nourrit de nous comme le ver des morts, comme du chêne la chenille*…la reconnais-tu ?

* ver(s) éhontément emprunté à mon ami Charles…l’as-tu reconnu ?

La Résistance, pardi ! Cette satanée bique que j’étais arrivée à museler avec plus ou moins de succès en 2017 et qu’il m’est désormais nécessaire d’anéantir à tout jamais si je veux continuer sur la voie que je me suis tracée. Car maintenant que Ring Est est chez l’imprimeur (oh que j’ai hâte d’avoir enfin mon « bébé » dans les mains !), que l’organisation de la Foire du Livre se poursuit, le train est lancé et ce serait vraiment trop con d’en sauter en marche ! Faut profiter de l’élan, garder le rythme. Tout ce qui est fait …ben, sera toujours à faire (faut pas déconner, l’écriture, c’est un éternel retour à la case départ après avoir écrit le mot « fin »), mais au moins ça ira plus vite. Hors de question d’écouter l’armée de Résistochons qui voudraient que je me repose sur les quelques lauriers acquis !

Du coup, j’ai pris les devants, comme je te le disais. La meilleure défense, c’est l’attaque, mon Scribouillard ! Dès décembre, histoire de profiter de l’effet de surprise ! Ah ça, ils ne s’y attendaient pas ! Le truc, avec la Résistance et ses suppôts, c’est surtout de ne pas lutter en frontal, mais de les prendre par la tangente. Tu te souviens des lois d’Asimov ? et comment il te les retournait dans chaque bouquin tout en les respectant scrupuleusement ? Ben, ici, c’est pareil.

D’abord, j’ai pris le plus vicieux, cette grosse baderne de paresseux qui n’arrête pas de me susurrer que le travail me tue, que je devrais me reposer, m’arrêter, prendre des vacances, me ressourcer, recharger les accus. T’as raison, mon pote, je lui ai dit, faut que j’arrête ! Et paf ! ….j’ai démissionné. Ouais, comme tu me lis. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait le truc le plus fou de ma vie : je suis allée voir ma boss, dans son bureau, avec une jolie feuille A4 sur laquelle il y avait trois phrases et mon premier autographe et j’ai renoncé, comme ça, à mon super job méga bien payé. Sans ciller, ni même trembloter de la main quand je lui ai tendu le papier. Au contraire, j’avais le coeur léger, comme si un énorme poids venait de se lever de mes épaules. Ah, il l’avait pas venue venir, celle-là, ce gros patapouf de résistochon ! Il en était baba, ébahi, ahuri, tout ébaubi! Il a bien tenté de me faire culpabiliser un peu, après tout, je laissais tomber mes collègues, les projets que j’avais mené avec tant d’assiduité, tout ça…mais ça n’a pas duré très longtemps parce qu’en fait, et c’est peut-être là le plus beau dans toute cette histoire, c’est que mon management direct, mes collègues (d’ici, d’outre-manche, d’outre-Atlantique et même jusqu’au pays du Soleil Levant), le service du personnel et tous ceux à qui je racontais mon histoire, mes projets, mon besoin de respirer, de me ressourcer et de me recentrer sur ce qui comptait vraiment, l’écriture, tous m’ont soutenue à fond. Surtout ma boss qui s’est d’autorité et sans même avoir lu une seule ligne de mon roman proclamée « grande fan devant l’éternel » (bon j’exagère peut-être un peu, mais si elle passe, ça la fera rire). Prends ça dans les dents, résistochon ! Au tapis ! C’est moi, la reine du ring**

** Ring Est, bien sûr….ok, ça va, je sors !

C’est là qu’est arrivé le deuxième de ces satanés parasites. Et non des moindres. Sec et tordu comme un sarment. Tu t’es mise dans de beaux draps, m’a-t-il soufflé d’un groin aussi noueux qu’une trique, qu’est-ce que tu crois que tu vas faire, maintenant, hein ? vivre de tes droits d’auteur ? Ah, le mufle ! J’en grinçais des dents à le voir tenter l’appel de la peur devant ma pomme. T’as besoin d’un boulot, la Scribouillasse, a-t-il encore craché, et vite ! Il calculait devant moi et les sommes défilaient dans ses prunelles : autant pour l’appart, et encore ça pour la maison, c’est que ta vie coûte cher, ma chère. Il devenait fébrile, il jetait des regards désespérés autour de lui. Les euros, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. Déjà que des chevaux, on n’en voit plus trop en rue…et les jobs, je ne t’en parle pas ! C’est la crise, cocotte ! Y’a de boulot pour personne, le chômage est en hausse constante et toi, tu fous ta place à l’égoût ?! Malheureuse ! T’as de quoi tenir quoi ? un mois ? trois, peut-être ? allez, en comptant large et en bouffant toutes les réserves, plus les avances sur simple et double pécule, disons six. Puis quoi ? T’as même pas droit à aller pointer, avec ça ! C’est toi qui a démissionné ! Tout ça sur un coup de tête ! Tu me connais, l’en faut un peu plus pour me déstabiliser. J’y ai planté mes yeux droit dans les siens et, d’une voix bien sèche, comme lui, j’y ai rétorqué : ouaip, petit père, c’est bien pour ça que mon job, je vais me le créer !

Aussitôt dit, aussitôt fait et j’ai entamé les démarches pour créer ma boîte. Utiliser mes compétences à mon compte et à mes conditions. Ca faisait déjà un petit bout de temps que j’y songeais. J’ai sauté le pas. C’est là qu’ils se sont tous ramenés, et la mère Résistance avec. Tu n’y arriveras jamais, c’est trop risqué, pense à ta pension, tu vas crouler sous les taxes, c’est pas une vie pour toi, et si tu ne trouves pas de client ? Ils ne m’ont rien épargné. Y’en a même eu un, un peu moins con que les autres, qui a tenté le « tu vas devoir tant bosser que tu n’auras plus le temps d’écrire, tu seras trop crevée ». Il a bien failli m’avoir, celui-là. Comme l’autre, là, qui m’a balancé la grippe et une pharyngite en doublé gagnant. Il s’en est fallu d’un cheveu. Heureusement, j’ai eu le bon réflexe : j’ai contré direct par un grand retour en force à la salle de sport. Tous les jours. Discipline, discipline, discipline. Faut rien lâcher, choupette !

Alors, voilà, aujourd’hui, c’est un jour spécial pour moi. Aujourd’hui, c’était mon dernier jour de travail. J’ai abandonné sur mon bureau le laptop qui ne me quittait jamais et j’ai rendu mon badge à la réception. Je débute ma première mission dans quelques jours. Ailleurs, bien sûr, mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas un adieu, c’est un au revoir. Aujourd’hui, je débute l’aventure ARMONICS. Un nom pensé tout spécialement pour ce projet qui est le mien. Combiner travail et passion. Expérience et découverte. Harmonie et Créativité.

La Scribouillasse 2.018 est arrivée.

« Stop being afraid of what could go wrong and start being excited of what could go right » Tony Robbins

8 réponses à “Scribouillasse 2.018

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