Un samedi dont vous êtes le héros

Et si on se faisait un petit jeu de rôle pour commencer le weekend ? Tiens, allez, on y va.

Titre :  L’entretien d’embauche.

Euh, tu te fous nous, là! Tu nous attires ici avec ton titre enjôleur et dès les premiers mots, crac patate ! Tu nous prends en traître et balances la masse sur le coin de la tronche ! Tu n’as rien de plus fun en stock que de nous remballer dans un monde du travail alors qu’on vient juste de finir la semaine ?! Bon, ok, le décor a l’air plutôt sympa, mais quand même !

Taratata, arrêtez un peu de vous plaindre et faites-moi confiance.  Où en étais-je ? Ah oui ! Je plante le décor.

Ça y est, vous avez bien suivi toutes les directives du GPS (nan !  On imagine ! Même si vous ne savez pas conduire ou que vous n’avez pas de voiture « dans la vraie vie ») et vous n’avez plus qu’à prendre la prochaine à droite pour arriver à destination. Une bonne vingtaine de minutes avant l’heure du rendez-vous.  C’est bien, vous aurez tout le temps de vous préparer.  Au moment d’engager la voiture dans ce dernier embranchement, vous jetez un coup d’œil alentour et, pris(e) d’un doute soudain, revérifiez les coordonnées indiquées dans le mail reçu la veille. Un rapide coup d’œil au tableau de bord vous rassure. Tout concorde, vous êtes bien au bon endroit. Difficile cependant d’imaginer que des gens puissent travailler ici !  Vous êtes à l’entrée d’un énorme domaine où s’étire un sentier de gravier blanc à perte d’horizon. Au loin, là-bas, caché derrière la colline, se trouve le bureau où vous attend votre futur employeur. Pour l’instant, ce n’est encore qu’un point rouge qui clignote sur votre ordinateur de bord. « Votre destination est au bout de la route, à trois cents mètres », indique une voix désincarnée dans les haut-parleurs. Vous retirez votre pied du frein et, dans un mouvement souple du volant, vous quittez la voie principale et pénétrez dans le parc.

Les pneus crissent sur le gravier tandis que vous passez sous le large portique de pierre qui protège l’entrée des lieux. Le soleil est déjà haut dans le ciel et vous ne pouvez résister à l’envie d’ouvrir votre fenêtre pour profiter du spectacle qui s’offre à vous. Des arbres centenaires se dressent çà et là, abritant dans leurs frondaisons des nichées qui se disputent la quiétude de l’endroit. Quelques écureuils malicieux se poursuivent de branches en branches, excitant davantage le courroux des jeunes parents qui se relaient pour protéger les oisillons. Au loin, sur la droite, à l’orée de la forêt, un rucher bourdonne d’activité. Il vous semble même distinguer quelques abeilles se faire la course, gros flocons de pollen ambulants lancés à toute allure vers l’entrée de la ruche. Vous longez un étang dans lequel pêche, impassible, un héron au long cou cendré. Votre passage le distrait un instant de sa routine et il vous observe, l’œil fixe, tandis que le long de ses pattes, quelques poissons affolés se précipitent aux abris sous les vivats d’une colonie de grenouilles.

Enfin, vous parvenez au sommet de la colline et découvrez, enchâssé dans le petit vallon qui s’ouvre devant vous, un large bâtiment aux lignes épurées, assemblage de béton blanc profilé, d’acier et de verre, dans une composition digne de Mondrian. La vaste construction trône sur son lit de verdure comme un bijou brille au creux de son écrin.  La fusion de l’ultra-moderne et de l’intemporel. Vous garez la voiture et alors que vous mettez pied à terre, une main en écran au-dessus de vos yeux pour mieux apprécier la majesté des lieux, un caillou se coince dans votre gorge. Travailler ?! Cette blague ! Vous voulez vivre ici !

Vous gravissez les quelques marches qui vous séparent du large hall qui s’ouvre dans le bâtiment. Vos pas résonnent sur les dalles de pierre bleue qui garnissent l’entrée. La lumière s’engouffre de tous côtés. Elle cascade des fenêtres, éclabousse le comptoir laqué et glisse sur les fauteuils de cuir blanc qui font face à la baie vitrée pour finir par dans le patio où elle se répand en une chaleur agréable. Des personnes, sans doute des employés, s’affairent autour de vous, quoique sans agitation. Leurs pas sont décidés, mais pas pressés. Ils s’activent, mais ne stressent pas. A y regarder de près, tandis que vous attendez que la réception vous prépare un badge, ces gens ont l’air serein. Calme. Reposé. Certains même vous adressent un sourire. Personne ne vous scrute ou vous épie. Ils passent, simplement. Un hochement de tête, un salut, et ils retournent à leurs tâches.

On vous attend dans l’un des bureaux de l’étage, vous confirme la réception avant de vous ouvrir le chemin.

Vous sentez votre cœur s’ébrouer dans votre poitrine lorsqu’au bout d’un long détour dans les méandres de la bâtisse, vous vous arrêtez enfin devant l’une des portes. Pourtant, elle n’a rien de bien impressionnant, cette pauvre porte. Un morceau de bois blanc, neutre et impersonnel, orné d’une simple poignée d’acier brossé. Mais ce n’est pas la porte qui vous inquiète. C’est ce qu’il y a derrière. Vous échangez un regard nerveux avec votre guide qui vous répond d’un sourire. Tout ira bien, semble-t-il dire. Ne vous inquiétez pas.

Vous inspirez une dernière fois et d’un mouvement ferme du poignet, actionnez la poignée. Vous entrez.

Stupéfaction !

Il n’y a personne ! Rien qu’un grand écran et un fauteuil blanc. Un Amaryllis achève de fleurir dans un coin, larges feuilles grasses d’un vert profond se détachant sur le blanc immaculé des murs, fleurs orange vif en folles taches joyeuses. Déstabilisé(e), vous virgulez un regard à gauche, un autre à droite, contournez le fauteuil et retournez vers la porte. Un rapide coup d’œil dans le couloir. Vide. Ne reste que vous, cet écran et un fauteuil. Vous prenez place. L’écran s’allume.

C’est vous.

Oui. Vous.

Vous vous souvenez de Charles Dickens ? Son Chant de Noël ? Mais si, l’histoire avec les trois fantômes venus visiter Ebenezer Scrooge pour Noël ! Un conte célèbre ayant d’ailleurs connu une adaptation très libérale (et très mauvaise) à Hollywood avec Matthew McConaughey (lequel, admettons-le, est quand même capable d’enchaîner quinze grosses daubes pour un True Detective génial…c’est une digression, oui, mais je m’en fous). Bref. Charles Dickens, donc. Vous voyez de quoi je veux parler. Eh ben c’est pareil. Ou presque.

Parce qu’il n’y a pas l’ombre d’un doute. C’est vous.  Non, pas avec dix ans, quinze ans, vingt ans de moins.  Juste vous. Sans différence notable.

Accordez-vous à ce double imprévu l’honneur des premiers mots ou bien décidez-vous de lancer l’attaque en frontal ?

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