Guides pour Scribouillards Néophytes

La vie, c’est comme les jeux vidéos.

Je vous sens sceptiques, limite prêts à renifler d’un air de mépris condescendant. Et pourtant…

Que ce soit en ligne ou sur console, les  premières minutes de jeu sont toujours consacrées à vous donner les bases nécessaires pour vous débrouiller dans l’univers choisi. Que ce soit au travers d’examens dans une « training room » (ex. Sam Fisher dans Splinter Cell) ou par le biais de quêtes simplistes (ex. n’importe quel MMORPG), on va vous enseigner les bases élémentaires avant de vous lâcher tout seul dans ce monde cruel et injuste qu’il va vous falloir conquérir. Ca ne vous évoque pas les 15+ années (pour les générations les plus jeunes) passées à élimer vos fonds de culotte sur les bancs de l’école/collège/lycée/haute école/université (biffez les mentions inutiles…ou pas) ? Ah ah ! vous voyez !

Oui, bon, ok, les similarités s’arrêtent là (quoique, parfois, le matin, quand je me lève, j’accuse une ressemblance frappante avec mon guerrier mort-vivant de World of Warcraft…et pourvu que j’aie un peu bu la veille, je cause même pareil…), soit. L’essentiel est que le message soit passé : A la vie comme au jeu, si on ne maîtrise pas les règles, il y a peu de chance qu’on dépasse les niveaux de départ, encore moins qu’on en ressorte vainqueur.

Non-mais-on-sait-déjà-tout-ça-avec-quoi-tu-viens-nous-enquiquiner-là ?

Je m’avance peut-être, mais je vais supposer que la raison de votre présence en ces lieux est liée à un intérêt plus ou moins prononcé pour la Scribouillerie (sinon, coucou maman/papa/chéri, je vous ai reconnus !).  Or donc, de la même manière que le premier clampin venu peut faire mumuse avec une manette de console (j’en suis), il est à la portée de tout le monde de prendre un bic et un bloc-notes pour se lancer dans le récit homérique des aventures de Skippy le lapin-garou…avec un succès pour le moins mitigé.

Parce qu’on n’en maîtrise pas les règles.

Quelqu’un m’avait conseillé un jour de passer au moins une demi-heure par jour à perfectionner mes connaissances afin de devenir une experte dans mon domaine de prédilection. Je vous vois déjà, devant votre écran, incrédule. Trouver une demi-heure, trouver une demi-heure, elle me fait rire, elle. Mais quand ? Mon emploi du temps est déjà chargé jusqu’à la gueule ! Je n’ai même pas le temps de prendre un café le matin avant d’arriver au boulot. Je galope, du lever au coucher, entre mon job qui m’occupe huit heures par jour – les bons jours ! -, Le Mâle, les enfants-chéris-trésors-de-mon-coeur, les chats (chiens, vaches, chevaux, poules, couvées) et la maison, qui réclament chacun leur quota non-négligeable (et surtout non-négociable) de temps disponible. Je suis si crevée, à la fin de la journée, qu’une fois les enfants au lit, je n’ai même plus la force de regarder la télé. A peine celle de lire des blogs débiles sur la toile ! Alors, je la trouverais où, moi, cette demi-heure ?! Et pour en faire quoi, d’abord ?!

Tout à fait ma réaction ! Dans nos horaires surchargés, nos vies à pleine vitesse, libérer ne fut-ce que cinq minutes semble déjà une utopie, un rêve inaccessible, alors trente ! Et pourtant…On a tous ce que j’appellerais des « moments perdus », des périodes de temps où, sans être tout à fait libres, nous ne sommes pas vraiment occupés. Dans mon cas, ce sont mes navettes quotidiennes. Maison-boulot. Boulot-école. Maison-supermarché. Crossfit-maison. Des demi-heures complètes, bloquée dans les embouteillages, seule dans ma voiture, à avancer au pas d’un carrefour à l’autre. Du temps à recycler, la belle affaire, mais pour en faire quoi ? je suis une femme et donc multi-tâches par nature (allez, hop, un petit compliment par-ci par-là ne fait de mal à personne)…malgré tout, lire/écrire et conduire, c’est un peu le même type de tandem que boire et conduire.

Sauf que…Audible. La bibliothèque faramineuse de livres audios d’Amazon, disponibles en quelques clics sur le smartphone. Des romans, oui, mais aussi des biographies, des essais, des cours complets, livrés ex-cathedra, ou presque, dans votre voiture (bus, train, tram, vélo, hoovercraft, kayak, poney, que sais-je !). Un univers de lecture et de connaissance à coût mensuel raisonnable. De là, c’est très simple, il suffit de télécharger le livre (ou le conserver sur le cloud), d’appuyer sur le bouton play et vous voilà partis pour des heures de lecture. L’application étant « intelligente », elle retiendra l’endroit où vous vous êtes arrêté pour la reprendre à votre prochain voyage. Si le livre est assez passionnant, il se peut même que la lecture se fasse en famille, chacun suivant les péripéties de l’auteur avec attention. Ok, ok, ok, mais n’est-ce pas dangereux ? je veux dire, on ne dérange pas le conducteur, c’est bien connu. Multi-tâches, je vous dis ! Et puis, un audio-book, ce n’est pas le kleenex de la littérature. A la manière d’un CD, il peut être « rembobiné » et ré-écouté. Si la situation l’exige, il suffira juste de revenir en arrière et recommencer la lecture là où votre attention a été déviée, une fois le danger esquivé ou moins sollicitée par la circulation.

D’accord, Audible semble un bon plan, mais reste la question ultime : que choisir ? Que « lire » ? ce n’est pas comme si on devait apprendre à écrire, si ? A moins d’avoir vécu sa vie dans un tupperware, c’est quand même quelque chose qu’on est sensés maîtriser depuis les primaires, ça. Eh bien, pas du tout ! Bien sûr, il y a avant tout un talent et une inclination innée pour la plume, c’est indéniable. Cependant, je ne crois pas à ce préjugé typiquement francophone selon lequel l’écriture est un art qui ne peut s’apprendre. Une aberration ! Comme si chaque livre sortait finalisé dès le premier jet. Quelle source de frustration et de découragements pour les auteurs en herbe ! Combien d’entre eux auraient pensé à deux fois avant de ranger la plume, combien se seraient épanouis plus vite au soleil de la connaissance ? Taratata ! Tout lecteur avide le sait : il suffit d’un rien pour reconnaître la patte du maître, pour distinguer un auteur correct d’un médiocre. Et ce, quelle qu’en soit l’origine. Français, Anglais, Japonais, Russe, Nordique, sans discrimination.

L’écriture, donc, tout aussi mystérieuse qu’elle nous apparaisse, répond à des codes universels, à des rythmes qui lui sont propres, pas plus subtils ni abscons que ceux qui définissent la musique, la peinture, la sculpture, le cinéma, le chant ou la danse. Pourquoi, dans ce cas, s’obstiner à ne pas apprendre à écrire ?! Tous les autres possèdent leurs écoles, académies, cours initiatiques, etc. Ah non, je vous vois ! vous allez venir me bassiner avec l’Académie des Lettres et les ateliers d’écriture ! Pouah ! pouah ! pouah ! et encore pouah ! Pour la première, d’abord, n’existent que les Classiques. Je n’ai rien contre eux et ma bibliothèque est truffée des oeuvres de Stendhal, Hugo, Voltaire, Racine, Shakespeare, More, Dante, et j’en passe. Leurs couvertures craquelées et assouplies par mes relectures successives. J’en ai adoré certains, haï d’autres, redécouvert une floppée au fil du temps. Mais….quid des contemporains ? de la science-fiction ? du roman noir ? policier ? thriller ? horreur ? trash ? fantasy ? fantastique ? toutes ces branches de la littérature, ces pans entiers de notre culture commune sacrifiés à l’autel de l’élitisme, jugés indignes d’attention, bannis à jamais du panthéon. Apprendre avec des oeillères ne m’intéresse guère. Encore n’y apprend-on qu’à lire, analyser, comprendre, philosopher. Ne vous méprenez pas, c’est louable, et même indispensable pour qui veut écrire. Mais ce n’est pas suffisant. Quant aux ateliers d’écriture, y apprend-on vraiment à écrire ? apprend-on vraiment les ficelles du métier ? les écueils à éviter, les détails à souligner ? apprend-on à reconnaître le potentiel de l’oeuvre finie dans un brouillon fouilli, une plume laborieuse ? Non. Alors, où chercher ? que prendre ?

Je l’avoue sans honte, j’ai un penchant très prononcé pour la culture anglaise. Littérature, musique, cinéma, théâtre, humour…tout y passe, dans un joyeux capharnaüm anglophile. Au fil du temps, j’y ai adjoint ses petites cousines américaines et irlandaises. Il était de ce fait logique que j’aille chercher de l’autre côté de la manche et de l’océan de quoi sustenter mon envie de connaissance et remplir ces demi-heures découvertes dans mon emploi du temps. Je n’ai pas été déçue. Moins romantiques, nos amis anglophones ne sont pas frileux dès qu’il s’agit d’extraire la substantifique moëlle de la création littéraire, d’en décortiquer les processus et d’en démasquer les périls. A toutes fins utiles, voici les quelques livres que je conseillerais à tout auteur, qu’il soit débutant ou confirmé

Stephen King – On Writing

fe043-on2bwritingA-t-on encore besoin de le présenter ? Stephen King, le maître de l’horreur, superstar incontestable du box office littéraire. J’avais lu le livre à sa sortie, il y a une dizaine d’années et, à l’époque déjà, le discours m’avait frappé par sa justesse. Le maître King, fidèle à lui-même, expose sans fioritures ce qu’est le métier d’écrivain et la passion d’écrire. Il fournit aussi des conseils, donne des exemples pratiques et rassure tout auteur débutant. Il est normal de se planter ! Non, un livre n’est jamais fini en un seul jet. Oui, cela prend du temps, mais pas trop, pour arriver au premier draft. Non, il ne faut pas trop se poser de questions quand on écrit. Oui, il faut éviter, à tout prix éviter, certaines tournures, certains mots, qui alourdissent le texte. Oui, il faut de la discipline, chaque jour, tous les jours. Le tout enrobé dans une écriture fluide et dynamique, truffée d’anecdotes et pleine d’humour, d’autant plus que le père King est lui-même aux commandes de l’audio-book et fait profiter à tous de ses talents de conteur hors pair. Un must !

Steven Pressfield – The War of Art

d5c2c-war2bof2bartJ’avais pris ce bouquin un petit peu par hasard, après avoir écumé le web à la recherche de livres bien cotés sur la création littéraire. Depuis, je l’ai déjà écouté trois fois ! Pressfield, paresseux auto-proclamé, se focalise avant tout sur La Résistance, cette tendance innée à la procrastination, et les conseils qu’il donne peuvent s’appliquer à tant d’autres domaines qu’il serait à mon sens idiot pour toute personne désireuse de se lancer dans un projet de ne pas en prendre connaissance. Bien entendu, de longues portions du livre, notamment la dernière, ne s’appliquent qu’à la création littéraire, aux muses, comme il dit, et pourraient lasser des auditeurs moins mystiques que lui. Mais, à tout prendre, en regard des précieux enseignements que renferme ce livre, des conseils plein de bon sens pour identifier et combattre La Résistance, un petit détour en Mysticie à la fin du bouquin est un bien pauvre prix à payer.

Anne Lamott – Bird by Bird

efcae-birdbybirdAutre bouquin vanté sur la toile comme un petit trésor d’enseignements, cette fois sur l’inspiration. D’où vient-elle, où va-t-elle, comment la canaliser ? Je ne vais pas mentir, j’ai failli arrêter ce livre très vite. D’abord parce qu’on est ici bien loin de la gouaille de Stephen King. Madame Lamott peine à donner de la consistance à son livre, c’est monocorde, laborieux, endormant. En voiture, ça peut se révéler mortel. Toutefois, le livre abordant l’un des thèmes fondamentaux de l’écriture, je me suis fait violence et, de rembobinage en rembobinage, la voix monotone ayant souvent raison de ma bonne volonté, je suis parvenue jusqu’à ce mot fatidique. Fin. Et j’ai ajouté le livre à la liste de ceux que je devais ré-écouter. Parce qu’il arrive toujours un moment où l’on doit affronter cette bonne vieille page blanche, cet écran vide où le curseur s’agite, impatient d’en découdre avec cet océan immaculé, pressé de le combler de mots…et où rien ne sort. Madame Lamott, en quelques petits conseils, l’air de rien, permet de passer outre ce blocage et de poursuivre le travail de création.

Annie Dillard – The Writing Life

d711a-writing2blifeJ’ai hésité à ajouté ce livre parce que, sans vous mentir…je ne l’ai juste pas fini. Alors pourquoi le conseiller ? D’abord, parce qu’il est bien lu. Ou plutôt, il est lu de façon très théâtrale. Très très théâtrale. Sur-théâtrale, même. C’est assez drôle. Ensuite, parce que ce livre aborde les démons de l’écriture. Il décrit sans complaisance un écrivain artiste torturé, paumé, drogué, incapable d’aligner vingt mots, puis en mitraillant trois cents pour mieux les détruire ensuite, éternel insatisfait. Il y a des parts de moi que j’y ai reconnues (cette facette de perfectionnisme qui pousse à l’insatisfaction et, à terme, à l’improduction) et dont le livre m’a dégoûtée à tout jamais. Ca peut marcher avec d’autres. Enfin, parce qu’il raconte, étape par étape, ce par quoi un écrivain passe du moment où son livre est accepté à l’édition jusqu’au moment où il est vraiment exposé sur les étalages des librairies. La peur, le découragement, la colère, la folie, aussi. C’est pourquoi, même si je ne l’ai pas écouté jusqu’au bout, je le recommande quand même.

Sol Stein – On Writing

9006f-steinLe deuxième de la liste à s’intituler « On Writing ». Cette fois, en plus d’être lui-même auteur, c’est un éditeur qui parle. L’édition, ce monde inconnu et méconnu, surtout, du public. Non, l’écriture n’est pas tout, l’édition a sa part à jouer. Stein se penche sur les tournures de phrases, les dialogues, la différence entre littérature de fiction et littérature de faits réels, le suspense, la découpe des chapitres, de l’histoire, etc. C’est, à tout prendre, plein de bon sens et, en tout cas d’un point de vue personnel, ça m’a rassuré sur ma façon d’aborder l’écriture. Seul bémol : Stein a tendance à s’auto-congratuler et assommer son lecteur de ses succès, ses réussites, la vénération dont il est la cible et comment il a presque à lui tout seul façonné la littérature de la dernière moitié du siècle. Lassant. Mais il serait idiot de se couper de très bons conseils sous principe que l’auteur a ventilé son besoin de reconnaissance dans son oeuvre…Autre détail : l’homme n’apprécie guère les auteurs « populaires ». Ca doit aller de pair avec son besoin de reconnaissance…


Bonne lecture….

Une réponse à “Guides pour Scribouillards Néophytes

  1. Fine analyse ! 100% d’accord, notamment avec le côté académique… Difficile de suivre sa propre voix/e en imitant celle des autres. ,D’ailleurs, sans ignorer leurs aînés, les « Panthéonneux » ont suivi leur propre voix/e singulière et authentique… et ainsi réinventé à chaque fois une nouvelle forme d’écriture.

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