Cartes Postales du Pays des Sens

Cette semaine, je me suis plongée dans l’oeuvre d’Annajo Janisz, une globetrotteuse rencontrée il y a quelques semaines sur Twitter.  Rien que le titre avait de quoi m’intriguer, mais c’est le style du quatrième de couverture qui m’a décidée. Il y a de la poésie, là-derrière. De la détermination, aussi. Et ce je ne sais quoi qui me dit que je vais m’embarquer dans une aventure pleine de surprises.

Et je ne fus pas déçue !

Contemplez. Humez. Savourez. Ecoutez. Caressez. Raccordez vos antennes à ma plume baladeuse. Ce n’est pas un conseil de l’auteure : c’est une promesse. Car point de fil rouge, dans ce bouquin, ni de romancisation. Annajo nous livre ses impressions en une série de cartes postales, de flashes plus ou moins longs, plus ou moins construits, en florilège de stimuli fixés dans sa mémoire. Le style est décousu, poétique, les phrases s’imbriquent les unes dans les autres, dans un joyeux chaos qui nous rappelle, à chaque coin de mot, qu’on est loin, très loin des sentiers battus, que nous faisons désormais partie de l’aventure et que celle-ci n’empruntera aucun chemin balisé, que des traverses.

On est ballottés avec elle dans les bus à poules, on se charge les poumons des effluves, polluées, épicées, musquées et bigarrées des villes qu’elle traverse, on tremble, on sourit, on rougit peut-être oui, parfois, à ces nuits torrides qui jalonnent son périple, on se fâche, on compatit, on envie sa liberté, on salive aux petits plats impromptus et on admire cette femme qui, au travers de son voyage, se met peu à peu à nu. Car il y a des failles, des brèches, à peine effleurées de la plume, pas tout à fait cicatrisées, ravivées par ses rencontres, distillées, avalées, digérées parfois à la dure, mais toujours affrontées. Et oui, s’il n’y a pas d’intrigue, si on saute parfois d’un endroit à l’autre, téléportés au gré des pages, il y a un vrai message humain.

Ce livre, c’est celui d’une épicurienne qui se découvre et s’affirme. Elle veut vivre et vivre tout à fait, sans censure ni tabous, prendre ce que le monde a à offrir, ses beautés parfois arides, ses amours souvent éphémères, ses instants d’éternité suspendue. Elle veut aller plus loin, se prouver qu’elle peut le faire, qu’ON peut le faire, qu’une femme n’est pas limitée par son sexe dans sa préhension du monde et de ses plaisirs.

Le style, quant à lui, original et personnel, nous force à adapter notre rythme au sien. Le livre n’est pas très long, 165 pages tout au plus, mais impossible de sprinter la lecture, on en perdrait tout l’intérêt. On ralentit l’allure, on se laisse porter par le courant, on se délecte de ces couleurs qui naissent sous nos pupilles, jetées pêle-mêle au fil des pages (par écrit et en aquarelles – dont certaines mériteraient d’être exposées en galerie), indomptables, bruyantes, extravagantes et dont l’éclat souligne parfois avec ironie la douleur et l’amertume de certaines scènes et situations. Car tout n’est pas rose au pays des globetrotters et les déconvenues, humaines et financières, viennent souvent émailler la route de la téméraire voyageuse.

Un bémol ? Deux, en vérité.

Le premier est que le livre mériterait une édition plus professionnelle. On sent l’auto-édition dans le format, la disposition des pages, du texte, des aquarelles et photos en illustration. C’est dommage compte tenu de la qualité du texte.

Le second, que ces aventures mériteraient une petite annexe explicative, une sorte de « coin des bonnes adresses » pour le globetrotter en herbe (ou déjà confirmé) qui rêverait de tenter l’aventure.

Mais peut-être que tout cela viendra dans le tome II ….et oui, car la chronique de ce « Ventre Bouillant des Amériques » n’est pas finie et c’est tant mieux ! Je suivrai la suite avec le même plaisir, j’en suis certaine.

Annajo, j’ai vraiment passé un excellent moment de lecture, tu m’as fait rêver l’espace de deux soirées et je conserve dans la tête et dans le coeur un peu de tes aventures, et ça, c’est le plus précieux cadeau qu’un écrivain puisse faire. Bonne continuation dans tes aventures et rendez-vous au prochain tome !

« Dans le Ventre Bouillant des Amériques », Tome I – édition brochée – 24.99 EUR (Amazon)

 

Une réponse à “Cartes Postales du Pays des Sens

  1. Quel magnifique chronique m’offres-tu là ! Je te remercie sincèrement à mon tour, d’avoir accepté d’être emportée par mes mots dans ce voyage de l’esprit et des sens.

    Je mettrai ton excellent conseil (l’annexe explicative) en pratique dans le second tome de « Dans le ventre bouillant des Amériques », mais aussi dans mon récit de voyage en Asie du Sud-Est.

    Voilà un avis constructif et merveilleusement bien écrit que n’importe quel auteur rêverait d’avoir. L’avis d’une plume sur une autre plume, c’est un cadeau qui n’a pas de prix.

    Aimé par 1 personne

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