2. Marche à l’Ombre

Mon frère est venu me chercher. Douze heures plus tard parce qu’il bosse. Évidemment. Du coup je suis passée après toutes les obligations, réelles ou inventées, qu’il a pu trouver : réunions, rapport hebdomadaire à son boss, lunch d’équipe, drink de départ d’un collègue, je vous laisse l’embarras du choix. C’est qu’il est très zélé, mon frangin, rongé par l’ambition de monter les échelons de sa société, les uns après les autres, jusqu’au sommet. Un vrai bon petit soldat de l’ère corporate, tout à fait en phase avec le vocabulaire de son époque : team player, résistant au stress et prêt à s’investir dans ses missions sans compter ses heures supplémentaires. La chair à canon du monde moderne. Guère étouffé par l’amour familial, avec ça. J’ai d’ailleurs hésité un long moment avant de faire appel à lui, mais je voyais mal les parents débarquer de leur campagne natale pour venir me tirer de ce mauvais pas. Ils détestent la capitale, déjà. C’est épidermique. Pour eux, Bruxelles est peuplée de voyous et de chauffards qui en veulent à leur vie. Pourtant, avec l’autoroute, ils sont pour ainsi dire aux portes de la ville. Moins de vingt minutes chrono, hors heures de pointe, bien sûr, sinon tu peux multiplier par dix le temps d’attente. Les joies de la circulation belge. Bref…Du coup, c’est à nous de nous déplacer. Enfin, à moi, surtout. Frank, lui, en bon petit bourgeois moderne, a sa villa quatre façades à Genval, tout équipée avec femme, enfants et labrador, à quelques minutes à peine en BMW de chez les parents qu’il utilise ad nauseam comme nounous de luxe pour ses mouflets quand il veut s’en débarrasser. Ce qui arrive neuf weekends sur dix. Ils n’ont pas ce problème avec moi, je n’ai pas d’enfants. Je n’ai pas de mec, non plus. Du moins, aucun de régulier. Je laisse ça à d’autres, ma liberté n’est pas à vendre et je ne considère pas mes gènes si exceptionnels pour vouloir les distribuer à tout prix. Pourtant, de nous deux, c’est Frank que les parents adorent. Ils sont aux petits soins pour lui et lui passent le moindre de ses caprices.

— Tu es plus indépendante, me répétait ma mère quand je me plaignais de cette iniquité. Tu n’as pas autant besoin de nous que lui.

Indépendante, dans le jargon de La Hulpe, ça veut dire qu’on a été jugé irrécupérable par l’intelligentsia du coin. Trop peu malléable. À sortir définitivement du giron communautaire. Ils avaient raison. Je me suis expatriée sur Bruxelles le plus vite possible et sous le premier prétexte. Ils n’ont pas cherché à me retenir.

En vérité, j’aurais – de loin ! – préféré faire appel à mes propres troupes, mes amis, ma famille trouvée, mais l’Ambassade a été intraitable. Ils voulaient du lien direct, scellé, étiqueté, registré à l’état-civil. Je n’ai pas eu le choix. C’était ça ou je me retrouvais avec une plainte officielle des US aux guêtres. C’est qu’ils savent se montrer convaincants quand ils veulent, les ricains.

Frank m’adresse à peine un regard quand il entre dans la pièce, au grand bonheur des GIs qui m’ont snobée toute la journée. Je les entends se fendre de quelques blagues bien grasses dans mon dos. Ce matin, je leur aurais sauté à la gorge, j’aurais défendu mon sexe bec et ongles, je les aurais raillés, traînés dans la boue, j’aurais vociféré, insulté, argumenté et vitupéré. Maintenant, je n’y prête même plus attention.

J’ai appris.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Quand on est rentrés dans l’ambassade et que j’ai réalisé le pétrin dans lequel je m’étais fourrée, j’ai tenté une approche plus subtile. Il était trop tard. Ces gars-là, c’est vraiment for God and Country. Comme dans les films. Une fois sous les drapeaux, impossible d’en sortir autre chose que grognements réglementaires et réponses convenues par le protocole militaire. Sir, yes sir ! Aucune pensée originale, aucune volonté propre. Des clones parfaits, formatés dans le but unique de défendre les Etats-Unis et leur Président envers et contre tout. Le monde libre, ils appellent ça. C’était déjà un miracle que je sois arrivée à leur tirer une phrase cohérente, aussi insultante ait-elle été.

Frank serre les dents et tend les papiers nécessaires à l’officier en poste. Tout ça l’emmerde profondément et il est impatient d’en finir. Il a dû faire un détour par mon appart pour aller chercher mon passeport et vient de se farcir un aller-retour à La Hulpe pour prendre livraison du sien. L’Ambassade n’accepte aucun autre document. Ni carte d’identité, ni permis de conduire. Seule cette saleté de livret à septante euros tous les trois ans trouve grâce à leurs yeux. Ça doit être parce qu’il y a l’estampille  du Royaume qui s’étale en filins d’or sur la couverture. Ils aiment ça, les dorures, et j’ai comme dans l’idée qu’avec l’autre bouffon orangé aux commandes, ça ne risque pas de s’arranger.

Le fonctionnaire étudie les documents avec grand soin, à grandes œillades de l’un à l’autre et retour sur les passeports, comme s’il avait du mal à nous reconnaître. J’ai presque envie de lui faire mon plus beau sourire, histoire qu’il nous lâche plus vite la grappe, mais je me reprends à temps. Avec les nouvelles réglementations, on doit tirer une gueule d’enterrement sur nos photos officielles. Prendre un air engageant risquerait de retarder encore plus la procédure et on m’accuserait d’en rajouter une couche dans l’absence de collaboration. Je me colle donc un faciès de repris de justice et j’attends que sa seigneurie ait fini de nous détailler la tronche.

Enfin, il reclape les deux documents et les tend à Frank.

— All clear, commente-t-il d’une voix terne à l’attention des soldats qui se tiennent derrière moi.

L’un d’eux s’avance et je le sens s’affairer sur les menottes qui me cisaillent les poignets depuis une demi-heure. Ils me les ont passées derrière le dos quand on a annoncé que Frank arrivait et la position est inconfortable au possible. J’en ai les bras engourdis. Le moindre contact m’envoie des vagues de fourmillements dans le bout des doigts et déplacer mes bras me demande un effort presque surhumain. J’y arrive néanmoins et entreprends de me masser biceps et épaules pour y rétablir une circulation déficiente. Je me lève et tourne la tête pour lancer un regard sombre aux GIs qui viennent de reprendre leur position de repos. Ils ont de nouveau ce regard fixe et vide qui vous traverse sans enregistrer votre présence. Je n’arrive même pas à distinguer s’ils cillent, de temps à autres. Ce ne sont pas des humains, ces types, ce sont des cyborgs.

Je rejoins Frank au comptoir. Il signe à la chaîne une foule de papiers que le fonctionnaire vient de lui poser sous le nez. Décharges, procès-verbal, déclaration sur l’honneur, inventaire de saisie, etc. Mon frangin s’exécute sans même lire les textes parfois serrés qui se succèdent d’une page à l’autre.

— My belongings, demandé-je en mimant l’intonation de l’employé d’Ambassade.

Le type me dévisage et sort de sous le comptoir un petit panier de plastique dans lequel reposent mon sac, ma montre et ma veste. Il les claque sur la tablette sans même me faire l’honneur d’un regard. Dire qu’ils avaient eu l’intention de me délester de mes pompes et de ma ceinture. Ils avaient fini par changé d’idée, comme ça, sur un coup de tête et je m’étais bien gardée d’ouvrir ma grande gueule sur le sujet. Je suis une frileuse des pieds et le sol de l’Ambassade est carrelé de marbre.

— You should be more careful with your sister, Sir.

La phrase, débonnaire, s’invite entre nous comme un pet sournois. Le grattement du stylo sur le papier cesse d’un coup et mon frère lève la tête. Même les GIs, à côté, ont arrêté leurs plaisanteries.

— Excuse me ?!

Il n’a pas eu le temps d’ouvrir la bouche, je l’ai devancé. Ma voix tremble de colère et mes ongles me cisaillent la paume des mains dans mes poings serrés. Non, mais c’est quoi, ce guignol ? Depuis quand décrocher un rôle de potiche derrière un comptoir octroie-t-il le droit de faire la morale à son prochain ? Les GIs derrière moi se sont arrêtés de rire et dressent l’oreille, impatients de nous voir en découdre. Ils resteront cependant sur leur faim car le fonctionnaire accuse le coup avec indifférence et se concentre sur mon frère qui, sourcil arqué par-dessus ses lunettes, cache son agacement derrière une polie curiosité de façade.

— With all due respect, sir, s’enhardit l’Américain, your sister needs help. She’s insane.

Je crois voir un rictus amusé jouer sur les traits de Frank et j’ai dix ans à nouveau. C’est le même sourire mauvais que celui qui lui fendait le visage à chaque fois que je me faisais réprimander par les parents. Une petite parenthèse satisfaite qui s’étire entre ses pommettes et me rappelle que, de nous deux, c’est lui qu’ils préfèrent. Il n’a jamais eu droit à l’humiliation publique, lui, il est trop fragile pour ça.

— Pense un peu à ton frère, Margaux. Il est si petit, tu aurais pu le tuer !

La voix de ma mère résonne en surexposition. Frank a toujours été l’enfant de l’amour, celui qu’il fallait protéger parce qu’il était si petit, si frêle, un coup de vent risquerait de l’emporter. Moi, j’étais juste la grande sœur de leur trésor et mon seul droit, ma seule mission, était de le sauvegarder de ce monde cruel prêt à le dévorer à la moindre occasion. Le souvenir fait monter des larmes d’impuissance que je ravale à la hâte. Hors de question que ces connards profitent du spectacle. Ils n’auront pas ça de moi ! J’en ai assez d’être la quantité négligeable et je ne tolérerai pas plus longtemps qu’on discute de mon sort sans même me consulter. C’est ma vie ! Je serre les dents, me penche sur le comptoir et, avant que quiconque ait pu réagir, j’expédie un coup bien senti en plein dans le pif du goujat.

— Hey ! Am there, moron !

— What the… !

Le gars, furieux, se lève, prêt à me bondir dessus. Qu’il vienne, seulement, ce con-là. Je l’attends de pied ferme.

— One’s got to learn some manners, le nargué-je en imitant une vieille comptine.

— Margaux !

Frank s’interpose et m’escamote derrière lui d’un mouvement souple. Il lève une main apaisante et, dans un Anglais rapide, tente de désamorcer la situation. L’Américain hésite un moment, mais la brûlure à l’égo est la plus forte. Il secoue la tête et apostrophe les GIs derrière moi.

— Arrest her !

Je me rapproche à petits pas et agrippe la veste de mon frère. Il me fusille d’un œil noir et pousse un soupir qui en dit long sur tout le bien qu’il pense de moi, mais, loyal, il nous déplace de façon à ce que je ne me retrouve dans la trajectoire directe d’aucun des hommes présents et reprend les pourparlers. De mon côté, j’observe les militaires qui n’ont pas encore bougé et se consultent du regard.

L’autre glapit à nouveau son ordre, mais les hommes restent immobiles. Leur malaise est maintenant palpable dans le flottement qui s’installe.

— Dude, se risque le plus gradé d’entre eux. Come on…

Il y va en tâtonnant et sonde le terrain à petits coups. On le sent évoluer sur des œufs. Pourtant, je le vois esquisser un petit mouvement de la tête à l’attention de Frank qui me fait reculer vers la sortie.

— Tu as nos passeports, au moins ?

Je ne fais déjà plus attention au connard qui contourne son comptoir pour nous poursuivre. Les GIs s’occupent de lui et j’ai compris qu’on s’en sortirait sans anicroche. Du coup, je veux m’assurer qu’on ne va pas devoir revenir sur les lieux du crime. Frank me virgule un nouveau coup d’œil sombre et me pousse sans ménagement dans le sas et à l’air libre. Sa voiture est garée le long du Parc et je dois presser le pas pour ne pas trébucher sur les pavés inégaux où il me traîne.

— Mon passeport, répété-je sans me laisser démonter par son allure de forçat.

Il s’arrête d’un bloc, sans prévenir, et je me cogne le nez dans son épaule. Il souffle comme un bœuf, une veine lui pulse le long de la tempe et il contracte les mâchoires à s’en broyer les molaires. Je le regarde sans rien dire. Il vaut mieux que je lui foute la paix et que je lui donne le temps de décompresser sinon c’est moi qui vais faire soupape. Je le sais d’expérience, j’ai grandi avec. Déjà, je sens les os de mon poignet crisser dans l’étau de sa main. Il me fait mal. Enfin, il finit par fermer les yeux et son visage s’adoucit. Il relâche la pression sur mon bras. L’orage est passé.

Il me tend le petit carnet rouge du passeport sans me regarder.

— Monte dans la voiture.

Sa voix tremble encore un peu, mais, dans l’ensemble, il s’est recomposé une apparence humaine. Je hoche la tête, réflexe idiot vu qu’il ne m’accorde pas le moindre regard, range mon passeport dans mon sac et nous reprenons notre marche en silence. Je me concentre sur les bruits de la ville, je ne sais pas quoi faire d’autre. Difficile de garder une attitude cool et relax quand la personne à côté de vous tire la gueule. Alors, j’écoute les bruits de la ville autour de nous. Concerts de klaxons et sirènes, tempos sourds de basses et de percussion fusant de certains habitacles, sifflements et rires surs les trottoirs. Je regarde les voitures qui foncent devant le Palais Royal et râclent leur bas de caisse dans les nids d’autruche jonchant la Place des Palais. L’endroit est connu pour mettre les suspensions à rude épreuve et j’ai quelques amis qui s’y sont cassés les reins. Un petit conseil : si vous en avez l’occasion, testez-y votre future voiture, on n’a encore rien trouvé de mieux pour vérifier l’efficacité des suspensions. Ma ville pulse et vibre et frémit au rythme de la fourmilière qui s’y active. J’aime cette agitation, cette vie trépidante qui swingue dans ses artères. C’est comme si je prenais une dose d’amphétamines en continu, ça me motive et me pousse en avant. Je m’y sens bien.

Le piou-piou de l’alarme qui se désactive et des portières qui se déverrouillent me ramène sur la terre ferme. Je baisse les yeux sur le petit coupé sportif et me glisse dans l’habitacle en soupirant. Le cuir crisse contre ma veste. Mon frère a toujours aimé s’entourer de jolies choses, à commencer par sa femme, Corinne, une longue liane brune aux yeux de fjord. Mais cette voiture pousse le concept à un tout autre niveau. Carrosserie chaloupée, courbes osées, électronique embarquée ultra-connectée et sièges en cuir pleine fleur cousu main, le savoir-faire de l’ingénierie allemande et des couturiers italiens au service de la fierté masculine.  Et la façon dont mon frère caresse le volant me donne presque envie de vomir. Le moment passe cela dit très vite car Frank tourne la clé, une tribu de fauves se réveille sous le capot et le coupé BMW s’élance sur la Place des Palais. La moindre des choses qu’on puisse dire est que le bolide ne passe pas les tests haut-la-main. J’ai l’impression d’avoir embarqué dans une essoreuse folle. Par bonheur, ces petits bijoux sont équipés de sièges baquets, sinon je me serais déjà fracassé la tête contre les montants.

Frank se déride dès qu’on entre dans la rue Royale.

— Tu es tarée, tu sais ça ?

Je hausse les épaules et ne réponds pas. Je regarde les façades qui défilent, les rues qu’on croise : Montagne du Parc, Colonies, le Treurenberg, rue de Louvain, de l’Enseignement, du Moniteur. Le Congrès. Feu rouge.  Je regarde la flamme qui danse au pied de la colonne, elle semble à l’étroit et se débat dans sa prison de bronze. Frank se tourne vers moi.

— Tu te rends compte de ce que tu as fait ?

         Je croise les bras et m’abime dans la contemplation du tableau de bord. Je pensais y échapper, mais non, c’est le grand retour du Révérend Masson. Je vais avoir droit à l’un de ses interminables sermons, comme quand on était petits. Monsieur Grande-Gueule qui ne pouvait pas s’empêcher de déblatérer mes exploits au dîner du soir pour me faire la leçon face aux parents émus par la perfection de leur fiston. Comme si ça pouvait encore me toucher. J’ai vingt ans de pratique, mon vieux, et un cuir épais comme de la corne.

Ça ne l’empêche pas de se lancer.

Je fais de mon mieux pour refouler le son de sa voix en bruit de fond. J’en ai pour quelques minutes encore. On arrive à la Tour des Finances. Je devine Sainte-Marie au loin. Il reste le Botanique à passer et après le Botanique, enfin, la liberté. Sa proximité me détend un peu. Je souris. À côté de moi, Frank a dû remarquer que je ne l’écoutais pas car il s’est tu. Nous terminons les dernières centaines de mètres en silence et Frank range la voiture en double-file devant mon immeuble.

Je saisis la poignée de la porte et m’apprête à sortir quand mon frère me retiens.

— Margaux…

Sa voix est lasse et son regard empli de tristesse. Je ne l’ai jamais vu comme ça. Je ne sais pas quoi faire, alors j’attends la suite, une jambe à moitié sortie dans la rue, la main posée sur la portière.

— Je vais discuter avec les parents, on ne peut pas te laisser comme ça.

Quoi ? Une décharge me parcourt du haut en bas, qui m’embrase les joues et me glace les tripes.

— Regarde-toi, continue-t-il d’une voix pressante en me cherchant derrière le plomb qui voile mes yeux. Ça fait combien de temps, maintenant ? Trois ans ? et tu en es où ? Tu n’as pas de boulot, pas d’avenir, tu passes tes journées à faire dieu sait quoi et maintenant ça ?!

Je suis pétrifiée, tétanisée par la honte et l’humiliation. Comment ose-t-il ? Je ne trouve même pas les moyens de lui répondre, je sens que ma voix va partir dans les tours si j’ouvre la bouche. Or, la dernière chose dont j’ai envie est de me faire traiter d’hystérique. J’ai déjà été assez insultée comme ça.

— Il faut que tu te reprennes en main, Margaux. Je ne serai pas toujours là pour te tirer d’affaire.

Je sens la migraine qui s’éveille. Elle s’installe derrière mon œil droit et entame le premier tour de vilebrequin dans mon cerveau. C’est encore supportable. Pour le moment. Il faut que je parte avant qu’il soit trop tard. Vite. Rejoindre la sécurité de mon appartement. Mon cocon.

— Je vais bien, dis-je d’une voix blanche.

J’ai envie de sortir, qu’il me laisse tranquille, mais il me retient, la main posée sur mon poignet. Une voiture klaxonne derrière nous. Il lui fait signe d’attendre, mais le gars s’impatiente et fait jouer de l’accélérateur. Je sens le vilebrequin s’activer de plus en plus vite, dans un acouphène aigu. Il faut que je me dépêche de rentrer, bientôt, je ne pourrai plus fonctionner. Saletés de migraines, je ne m’y habituerai jamais.

Frank a remarqué ma détresse et me lâche enfin.

— On s’inquiète pour toi, Margaux. S’il te plaît.

Le concert de klaxon s’intensifie. Frank se tourne et lève haut son majeur par la plage arrière. J’en profite pour sortir tout à fait de la voiture et me précipiter dans l’entrée de l’immeuble. J’entends la voiture redémarrer au moment où je referme la porte sur moi et, soudain, je ne sais pas pourquoi, tous mes barrages rompent.

J’éclate en pleurs.

Comme une idiote.

4 réponses à “2. Marche à l’Ombre

  1. Qu’est-ce que ce deuxième opus est bien écrit. Ah ! La famille. Est-ce autobiographique ou un savoureux mélange de soi et autres pensées ?
    J’aime beaucoup. Surtout qu’en plus, j’ai travaillé rue Royale en face de l’Agence Rossel, à l’agence immobilière Toby, qui doit encore exister. Il débutait dans le métier et était déjà un ogre dans la partie, un vrai loup
    A l’époque j’habitais à Drogenbos, commune à facilités…..Lesquelles ? Là je deviens très front des francophones ou FDF.
    La Hulpe ? Quelle belle analyse, j’ai adoré 🙂 Humour caustique à souhait.

    Aimé par 1 personne

    • Waw, merci pour ton commentaire ! Absolument pas autobiographique (heureusement 🙂 ), Margaux Masson et sa famille sont un pur produit de mon imagination (surtout que je suis de Namur, à la base :), mais j’ai connu pas mal de brabançons à l’époque de l’unif et, comment dire, il ne fallait pas avoir fait Saint-Cyr pour déduire certaines choses 🙂 ARF ! Oui, le Bureau Toby, je connais !

      Aimé par 1 personne

      • Super, quel beau texte. Je vais continuer à lire le numéro 3. C’est dans un but de publication ? Cela se lit facilement. Tu maintiens la prise de l’intérêt de la lectrice que je suis. Les personnages, du moins ce que j’en ai déjà lu, sont dépeints avec profondeur, et excellente analyse d’une vision de la famille parmi d’autres. Ce texte me plaît 🙂

        Aimé par 1 personne

      • Oui, j’aimerais un jour pouvoir creuser mon petit trou dans le monde des livres 🙂 Je suis super flattée par ton commentaire et ça me fait plaisir que le texte te plaise. J’espère que la suite te plaira tout autant. Vu que j’écris les chapitres au fil de l’eau, il risque d’y avoir de temps à autre des changements de rythme. Je fais mon possible pour essayer de garder un tout harmonieux, mais comme tout, ça demandera un travail de relecture/ré-écriture après

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