Prologue

Je suis furieuse. Révoltée. Chaque fibre de mon corps se tord dans les affres de la révulsion et je découvre avec stupeur les effets de cette insurgence. J’en tremble, j’ai le souffle court et ma voix flirte avec les décibels dès que j’ouvre la bouche, incapable de maîtriser le flux d’indignation qui me submerge.

Donald J. Trump a gagné les élections présidentielles !

Cette vieille grosse orange peroxydée, pourrie jusqu’aux pépins, fardée, permanentée, regard porcin et sourire pervers enfoncés dans ses flasques bajoues pendantes, va diriger la première puissance mondiale pendant quatre ans. Je regarde ses supporters qui agitent leurs petits drapeaux « Make America Great Again » avec de grands gestes frénétiques en hurlant comme des midinettes à un concert des Stones. Bientôt, j’en verrai se pâmer, oui, s’évanouir de plaisir devant la bedaine déployée de Monseigneur Trump qui salue son électorat avec l’air patelin de celui qui prépare déjà la prochaine couleuvre à gober.

Parce qu’il y en a eu, des couleuvres, dans cette élection ! Pas des petites, encore. Plutôt de l’ordre du python royal, qu’on a enfournés les uns après les autres dans les gueules grandes ouvertes de tous ces électeurs de la Rust Belt et des Swing States tant disputés. De déclarations incendiaires en promesses impossibles, Ze blonde touffe n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. A la guerre comme à la guerre. Ce n’est pas comme s’il y avait une éthique à respecter, non plus. Les Conventions de Genève ne s’appliquent pas en politique, ce qui compte, c’est de passer et après moi, les mouches. Et elles ont suivi ! en belles troupes toutes de rouge vêtues, elles sont allées poser leur petit billet dans l’urne, sans se poser de question.

Pourtant, des questions, moi, j’en ai à la pelle. Des grosses comme des camions, des hénaurmes, même, comme on aurait dit jadis. Comment cet ancien « golden boy », héritier d’un empire immobilier, coureur de jupons invétéré, connu pour ses frasques, sa tour plaquée de marbre et d’or, ses femmes clonées sur le même modèle bombastic, son goût prononcé pour le kitsch et le rococo, son narcissisme à toute épreuve, ses faillites à répétition, ses procès et sa propension à dilapider les dollars a-t-il pu séduire autant la population américaine ? Comment a-t-il pu leur faire croire, costume à trois mille dollars et cocktail à la main, qu’il comprenait leurs frustrations ? qu’il les partageait ?! J’en grince de dépit en le voyant monter dans son jet privé, direction Mar-a-Lago, son fief cinq étoiles en Floride, où une nuit coûte presque l’équivalent d’un an de salaire de certains de ses fans.

Ils crient, ils hurlent, ils beuglent, chauffés à blanc, tandis que le Donald monte sur scène. Ils se congratulent, s’envoient de larges tapes sur l’épaule, à grands coup du plat de la main. On a gagné, on les a eus, ces petits snowflakes, qu’ils aillent donc se rhabiller, eux et la grande menteuse en chef, l’ordure, la vendue, la catin des démocrates. La tension est à son comble, des deux côtés du prisme, et je me surprends à vouloir moi aussi leur allonger mon poing dans la figure, leur faire rentrer leurs discours stupides dans la gorge et faire sauter ces rictus désagréables et satisfaits. Besoin de relâcher la pression, de lâcher du lest et faire sauter la soupape. Ils sont tellement idiots. Un de moins ne fera de mal à personne.

Je prends ma veste et claque la porte de l’appartement.

 

10 réponses à “Prologue

  1. L’Amérique ne se résume pas aux new-yorkais, l’Amérique profonde, c’est un peu ça, comme chez nous, ceux qui suivent l’affront national. Il suffit de parler « popu » et d’attiser les haines parfois pour remporter des élections, l’être humain est stupide et compliqué…

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