Untitled design (13)

Vous vous renfoncez dans votre fauteuil et fixez d’un œil perdu l’Amaryllis sur la table. Les fleurs oranges qui s’épanouissent par-dessous les larges feuilles vertes semblent s’être faufilées là pour mieux vous observer. Vous ne pouvez vous empêcher de penser que, sans elles, cette plante serait bien terne. D’un joli vert profond, certes, mais à peine plus intéressante qu’une touffe d’herbe. En plus large. En fleur, elle était devenue exceptionnelle.
Un poids s’abat sur votre poitrine. Maintenant que vous y pensez, vous vous sentez plutôt touffe d’herbe que plante tropicale. Bien sûr, vous êtes satisfait(e ) de votre sort, en général. Vous gagnez votre vie – plus ou moins, vous partez en vacances – deux semaines par an et encore, pas trop loin, et vous avez de quoi manger sur votre table – mais pas toujours ce que vous aimeriez. Bref, c’est OK, mais pas génial. Vous levez la tête et croisez le regard de votre double à l’écran. Vous aimeriez parler. Rien ne sort.
– C’est bien ce que je pensais, soupire votre double sur un hochement de tête.
Il se tourne et semble s’entretenir à voix basse avec quelqu’un demeuré jusqu’ici hors-champ. Vos yeux s’étrécissent tandis que vous sentez la méfiance s’insinuer dans vos veines. Mû(e) par un réflexe idiot, vous vous penchez, tendez le cou et vous tordez pour tenter d’apercevoir ce nouvel arrivant dont vous ne saviez rien. Tentative d’autant plus inutile que bientôt, votre double se tortille sur son siège et se recule dans un coin de l’écran, cédant le passage à non pas un, mais bien deux nouvelles moutures…de votre propre personne ! On nage en plein délire ! Stupéfait, vous les regardez s’installer et répondez même à leurs saluts. Vous avez dépassé le stade de vous demander pourquoi vous vous dites bonjour à vous-même. Il y a des questions qu’il vaut mieux laisser sans réponse.
Maintenant qu’ils sont face à vous, vous constatez quelques différences. Des rides qui ne figurent pas encore sur votre visage se creusent un chemin irréversible sur les leurs, des stries blanches et grises se mêlent à la couleur de vos cheveux. Les différences s’observent aussi entre eux.
– Toi. Dans cinq et dix ans, explique votre double. Ils sont là, comme moi, pour aider. Te guider, si tu préfères. Parce que, oui, il semblerait que tu aies besoin de notre aide, tout compte fait.
Il s’interrompt, comme s’il s’attendait à une réaction de votre part. Elle ne vient pas. Vous n’êtes pas allé(e) aussi loin pour craquer à deux cent mètres du buffet.
– On va commencer simple, reprend-il en glissant un regard amusé vers ses alter ego. Une question presque basique dans ce genre d’entretien. Où est-ce que tu te vois dans un an ? Dans cinq ans ? Dans 10 ans ? Tu vois, rien de bien difficile. On va juste l’agrémenter d’un petit détail en plus : cette vision de toi que tu as, elle te plaît ? C’est ça que tu imaginais devenir, quand tu pensais à ton avenir, avant ?

Les deux autres doubles approuvent d’un mouvement de la tête et, de concert, trois paires d’yeux identiques – les vôtres – se tournent vers vous, la pupille en point d’interrogation.

Faites l’exercice de votre côté. Une fois que vous aurez toutes les réponses demandées, cliquez sur ce lien