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La question est si stupide, si impertinente, si inopportune, que vous ne pouvez vous empêcher de marquer un temps de pause, sourcils froncés, yeux écarquillés et bouche tordue dans une mimique méprisante. La réponse fuse enfin, issue en droite ligne de votre cœur.
– Qu’est-ce que c’est que cette question ?! Evidemment que je suis heureux(se) dans mon travail ! Merde, je fais exactement ce que je veux faire ! C’est comme si j’étais né(e) pour ce job ! J’ai cette chance incroyable de pouvoir me lever tous les matins sans devoir me traîner du lit à la salle-de-bains, de la salle-de-bains à la cuisine, engloutir un café au goût de cendre et profiter du kick d’énergie temporaire pour filer comme l’éclair rejoindre le flux constant de travailleurs malheureux qui navettent chaque jour de la maison au bureau, du bureau à la maison, dans un métronome perpétuel en attendant l’heure de la quille…ou l’arrêt cardiaque impromptu. Tu le sais, pourtant, bordel !
Votre double ne répond rien. Il a conservé, collé sur ses traits, ce fin sourire que vous connaissez bien.
– Tant mieux, déclare-t-il d’une voix où vibre la sincérité. Si tel est vraiment ton sentiment, alors je suis navré(e ) de t’avoir fait te déplacer jusqu’ici. À moins que…
Il se tourne et semble s’entretenir à voix basse avec quelqu’un demeuré jusqu’ici hors-champ. Vos yeux s’étrécissent tandis que vous sentez la méfiance s’insinuer dans vos veines. Mû(e) par un réflexe idiot, vous vous penchez, tendez le cou et vous tordez pour tenter d’apercevoir ce nouvel arrivant dont vous ne saviez rien. Tentative d’autant plus inutile que bientôt, votre double se tortille sur son siège et se recule dans un coin de l’écran, cédant le passage à non pas un, mais bien deux nouvelles moutures…de votre propre personne ! On nage en plein délire ! Stupéfait, vous les regardez s’installer et répondez même à leurs saluts. Vous avez dépassé le stade de vous demander pourquoi vous vous dites bonjour à vous-même. Il y a des questions qu’il vaut mieux laisser sans réponse.
Maintenant qu’ils sont face à vous, vous constatez quelques différences. Des rides qui ne figurent pas encore sur votre visage se creusent un chemin irréversible sur les leurs, des stries blanches et grises se mêlent à la couleur de vos cheveux. Les différences s’observent aussi entre eux.
– Toi. Dans cinq et dix ans, explique votre double. Ils viennent s’assurer que tu ne te voiles pas la face et que le bonheur que tu éprouves aujourd’hui n’est pas un sentiment éphémère qui ne résistera pas au temps. En bref, est-ce qu’en plus d’entretenir ton bonheur d’aujourd’hui, tu assures et construis celui de demain ? Celui d’après-demain ?est-ce que tu peux jurer, sans l’ombre d’un doute, que tu ne regretteras jamais le chemin que tu suis ? Que tu ne te languiras pas de ces embranchements croisés en cours de route et que tu n’as pas empruntés ?
Les deux autres doubles approuvent d’un hochement de tête et, de concert, trois paires d’yeux identiques – les vôtres – se tournent vers vous, la pupille en point d’interrogation?

Ils insistent, les bougres ! Cela aura-t-il raison de votre détermination ?

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